Jérôme est mort.
Coup de fil cet après-midi de Michel, papa de Jérôme : “Je t’appelle pour une bien triste nouvelle, Marc. Jérôme est mort dimanche soir”.
Jérôme avait une sclérose en plaques. Cette saloperie a finalement eue sa peau alors qu’il avait 41 ans. J’ai connu Jérôme en 1988, au Club Méditerranée. J’avais 23 ans et j’avais profité d’un temps mort entre la fin de l’écriture de mon mémoire de fin d’études et la soutenance pour partir travailler au Club, à Agadir. Je faisais partie de l’équipe d’animation et je m’occupais entre autres de l’atelier d’informatique (c’était l’époque ou un ordinateur avait à peu près la puissance de calcul d’une montre à quartz et où le stockage se comptait en kilo-octets plutôt qu’en giga-octets). J’ai rencontré Jérôme devant un ordinateur, en un début d’après-midi si chaud que seul l’atelier d’informatique fournissait une fraicheur acceptable. Il avait 21 ans et nous avons tout de suite sympathisé. Laure, sa sœur, s’est rapidement jointe à nous. A leur départ, nous nous sommes promis de nous revoir à Paris. Nous avons tenu promesse.
J’allais le voir régulièrement, nous sortions en boite (rarement), nous allions au cinéma (souvent) et nous racontions des conneries (toujours). Laure, aux yeux d’un bleu-gris intense et au sourire ravageur, était souvent avec nous. Dany, sa mère, se moquait gentiment d’elle en parlant de moi comme étant son mari… Cela nous faisait rire. Nous étions insouciants, Jérôme était intelligent, était beau et avait un humour ravageur. Il aimait séduire.
Et Jérôme est tombé malade. subitement. Au début, cela semblait bénin. Mais ça ne l’était pas et son état s’est petit à petit aggravé. Il est parti de chez ses parents et a vécu seul, dans son propre appartement, des aides-soignants et ses parents, Dany et Michel, l’aidant dans la vie quotidienne. Puis ça n’a pas plus été possible. Début 2000, Dany et Michel l’ont installé dans une résidence où l’on pouvait s’occuper de lui et l’ont entouré de tout leur amour. J’allais le voir de temps en temps, je parlais avec lui d’informatique, de gadgets électronique. il me faisait installer, désinstaller et reconfigurer inlassablement les ordinateurs qu’il possédait, il ne pouvait plus le faire lui-même, la maladie le privant de l’usage de ses mains et petit à petit de sa vue.
Je sortais anéanti de chaque visite, même si je ne le montrais pas. j’avais déjà vu cela plusieurs fois, lors de mes années de militance dans une association de lutte contre le sida. J’avais du mal à le revivre et j’espacais encore mes visites. Cela peut paraître lâche et ça l’est sûrement, mais je n’y arrivais plus. Et pendant tout ce temps, Jérôme ne s’est jamais plaint de son état. Il était admirable. Moi pas.
Ce soir, je pense à Jérôme, aux moments que nous avons passé ensemble. Sa voix, son sourire et son humour me manquent et j’ai du mal à m’endormir. J’irai le saluer une dernière fois vendredi matin, à l’église Saint-Pierre du Gros Caillou, devant laquelle nous passions il y a presque vingt ans, en allant au ciné sur les Champs Elysées.
Et oui, le “blog de Michel”, dans ma blogoliste, est celui du père de Jérôme, un homme tellement brillant et intelligent qu’il m’a toujours intimidé. Je ne savais pas qu’il avait un blog, je l’ai découvert il y a moins d’une heure en un coup de Google…
octobre 13th, 2008 at 14:28
Toutes mes condoléances…je retrouve ce blog avec bonheur, mais en de tristes circonstances…je compatis d’autant plus que mon père est atteint d’une maladie du même genre la syringomiélie.