nov 26 2008

Pour en finir avec sébastien.

Il va falloir que je réapprenne à dire “je” et plus “nous”.

Car sébastien m’a quitté après 18 mois de vie commune, le 10 novembre au soir. En fait, il avait pris sa décision quatre jours plus tôt lorsqu’il était en Normandie, dans son appartement avec ses cinq chats de merde. Enfin, son appartement… plus exactement son ancien appartement qu’il sous-louait pour une misère à condition que la personne qui l’occupait prenne soin de ses cinq chats de merde.

Il était retourné là-bas pour un entretien, pour un remplacement de deux mois. J’étais OK, même heureux qu’il ait un boulot, même si c’était loin de Paris. Enfin pour deux mois, je pouvais bien mettre entre parenthèses ma vie de couple, non? Lorsqu’il m’avait parlé de l’éventualité d’un CDI sur place, je lui avais répondu que ce n’était pas ce que je souhaitais et que je vivrais très mal la situation. Il l’a très mal pris et m’a accusé de faire du “chantage affectif”. Ha oui, j’ai oublié de préciser que je ne pouvais pas aller à Caen dans son appartmenet car je suis fortement allergique aux chats. Bref, il m’a fait la gueule et ne m’a pas rappelé pendant quatre jours. Le lundi 10, je lui ai passé un coup de fil vers 19h00. Il m’a dit qu’il avait signé un CDI à Caen et que du coup il avait pris la décision de me quitter. Il était d’ailleurs en route vers la gare pour venir récupérer ses affaires. Et je n’avais évidemment rien à dire. Si je ne l’avais pas appelé, je crois qu’il aurait déboulé pour reprende ses affaires sans m’avoir appelé avant. La classe.

Pourtant tout était clair au début de notre relation. J’ai mis ma vie professionnelle entre parenthèses pendant un an pour lui permettre de faire une formation à Paris. J’ai financé ses études, je l’ai fait fait vivre, je me suis tapé les courses, la cuisine, le ménage et toutes les corvées quotidiennes. Il ne pouvait rien faire vu qu’il bossait six jours sur sept et qu’il était authentiquement épuisé lorsqu’il rentrait. Ca a été dur pour lui et pour moi, mais il me disait qu’il m’aimait et qu’il voulait finir sa vie avec moi, à Paris. Je l’ai cru, peut-être disait-il vrai. Mais d’un côté, il y avait un CDI et ses putain de saloperie de charognes de chats de merde. De l’autre il n’y avait que moi et la relation que nous construisions. Et comme il l’a très élégamment dit “je prèfere un CDI à notre relation. Et puis, dans deux ou trois ans je peux peut-être me faire muter à Paris”.

C’est vrai qu’il a cherché un boulot pendant très longtemps. 3 semaines, au rythme de 3 jours par semaine. C’est inhumain de chercher aussi longtemps… Alors évidemment, un CDI sur Caen, c’est le paradis. A tel point qu’il a laissé tomber les deux pistes qu’il pouvait avoir à Paris.

En arrivant pour récupérer ses affaires, il n’a pas vraiment eu le courage de me regarder dans les yeux. Mais comme il est prévoyant, il a tout de même pensé à sortir la voiture (que je lui avais offerte) du garage avant de monter à l’appartement. Raison invoquée: “ça t’évitera de descendre pour récupérer le bippeur et les clés”. Bien sûr. Ce n’est évidemment pas parce qu’il a eu peur que je l’empêche de prendre la voiture (ce que je n’aurais pas fait, de toute façon). Je l’ai laissé prendre toutes ses affaires sans broncher. Il m’a donné envie de vomir à ce moment précis.

Avant de partir, il m’a dit trois choses. Tout d’abord, il n’avait pas réussi à se faire à la vie parisienne et il avait eu envie de se suicider plusieurs fois en se jetant sous les rails du métro. Il ne m’en a pas parlé pour ne pas m’angoisser (j’ai beaucoup de mal à le croire). Ensuite, il a du mal à se regarder dans un miroir après m’avoir quitté ainsi (je le crois et j’espère que cela continuera). Enfin, il m’affirme me remboursera tout ce qu’il me doit (là, j’ai beaucoup de mal à le croire).

Je suis donc à nouveau célibitaire. Et cette fois, je pense le rester jusqu’à la fin de ma vie. Cela va sûrement être dur de me refaire la la vie seul, mais je devrais y arriver avec un peu de temps. Après tout, avant de le rencontrer, j’étais seul mais bien dans ma peau: je m’étais fait à l’idée de finir célibataire. Et puis il m’a redonné l’espoir d’une vie à deux, pour le reprendre d’un seul coup, pour un boulot.


oct 9 2008

Jérôme est mort.

Coup de fil cet après-midi de Michel, papa de Jérôme : “Je t’appelle pour une bien triste nouvelle, Marc. Jérôme est mort dimanche soir”.

Jérôme avait une sclérose en plaques. Cette saloperie a finalement eue sa peau alors qu’il avait 41 ans. J’ai connu Jérôme en 1988, au Club Méditerranée. J’avais 23 ans et j’avais profité d’un temps mort entre la fin de l’écriture de mon mémoire de fin d’études et la soutenance pour partir travailler au Club, à Agadir. Je faisais partie de l’équipe d’animation et je m’occupais entre autres de l’atelier d’informatique (c’était l’époque ou un ordinateur avait à peu près la puissance de calcul d’une montre à quartz et où le stockage se comptait en kilo-octets plutôt qu’en giga-octets). J’ai rencontré Jérôme devant un ordinateur, en un début d’après-midi si chaud que seul l’atelier d’informatique fournissait une fraicheur acceptable. Il avait 21 ans et nous avons tout de suite sympathisé. Laure, sa sœur, s’est rapidement jointe à nous. A leur départ, nous nous sommes promis de nous revoir à Paris. Nous avons tenu promesse.

J’allais le voir régulièrement, nous sortions en boite (rarement), nous allions au cinéma (souvent) et nous racontions des conneries (toujours). Laure, aux yeux d’un bleu-gris intense et au sourire ravageur, était souvent avec nous. Dany, sa mère, se moquait gentiment d’elle en parlant de moi comme étant son mari… Cela nous faisait rire. Nous étions insouciants, Jérôme était intelligent, était beau et avait un humour ravageur. Il aimait séduire.

Et Jérôme est tombé malade. subitement. Au début, cela semblait bénin. Mais ça ne l’était pas et son état s’est petit à petit aggravé. Il est parti de chez ses parents et a vécu seul, dans son propre appartement, des aides-soignants et ses parents, Dany et Michel, l’aidant dans la vie quotidienne. Puis ça n’a pas plus été possible. Début 2000, Dany et Michel l’ont installé dans une résidence où l’on pouvait s’occuper de lui et l’ont entouré de tout leur amour. J’allais le voir de temps en temps, je parlais avec lui d’informatique, de gadgets électronique. il me faisait installer, désinstaller et reconfigurer inlassablement les ordinateurs qu’il possédait, il ne pouvait plus le faire lui-même, la maladie le privant de l’usage de ses mains et petit à petit de sa vue.

Je sortais anéanti de chaque visite, même si je ne le montrais pas. j’avais déjà vu cela plusieurs fois, lors de mes années de militance dans une association de lutte contre le sida. J’avais du mal à le revivre et j’espacais encore mes visites. Cela peut paraître lâche et ça l’est sûrement, mais je n’y arrivais plus. Et pendant tout ce temps, Jérôme ne s’est jamais plaint de son état. Il était admirable. Moi pas.

Ce soir, je pense à Jérôme, aux moments que nous avons passé ensemble. Sa voix, son sourire et son humour me manquent et j’ai du mal à m’endormir. J’irai le saluer une dernière fois vendredi matin, à l’église Saint-Pierre du Gros Caillou, devant laquelle nous passions il y a presque vingt ans, en allant au ciné sur les Champs Elysées.

Et oui, le “blog de Michel”, dans ma blogoliste, est celui du père de Jérôme, un homme tellement brillant et intelligent qu’il m’a toujours intimidé. Je ne savais pas qu’il avait un blog, je l’ai découvert il y a moins d’une heure en un coup de Google…